By Mister GP (Own work) [CC-BY-SA-3.0], via Wikimedia Commons
By Mister GP (Own work) [CC-BY-SA-3.0], via Wikimedia Commons
Les derniers inscrits à Cinémacam sont des gens plus habitués au théâtre qu’au cinéma: ils en font régulièrement au conservatoire de Gisors. Et ça tombe très bien, car la direction d’acteur a été jusqu’ici le gros point faible de l’atelier, car on manquait de compétences en la matière 🙂

Voyez ci-après une interview extrait du making-of, celle d’une actrice ayant joué dans notre dernier film, et qui a rejoint l’atelier peu après. C’est la première fois qu’elle jouait devant une caméra et elle nous explique ce qu’elle a ressenti des différences avec le travail sur les planches (c’est à 16:21 si youtube ne vous y met pas automatiquement):

Une grosse différence est le côté décousu d’un tournage: il n’y a pas de continuité dans le jeu de l’acteur. Chaque plan est tourné isolément, souvent répété plusieurs fois. Entre le tournage de deux plans, et plus encore entre deux scènes, il y a de longues attentes pour l’acteur: mise en place du décor, réglage du son, de la caméra, etc… Et surtout, les plans ne sont pas tourné chronologiquement mais dans un ordre uniquement dépendant de contraintes techniques: par exemple, si on n’a l’accès à un lieu de tournage que pendant une durée déterminée, on tournera ensemble tous les plans situés sur ce lieu, même s’ils ne sont pas au même moment dans le film. On peut très bien tourner une scène de fin au tout début du tournage… ect…

A un acteur de cinéma est donc demandé une capacité à rentrer et sortir facilement du personnage, sur commande – et à n’importe quel moment du tournage et de la vie ou de l’évolution du personnage. Du côté de la direction, surtout si l’on travail avec des personne peu habitués au métier ou totalement novice, il faut trouver des techniques pour aider l’acteur à se mettre en condition avant chaque scène.

Un ami réalisateur me disait que pour obtenir d’un jeune acteur amateur un bon sentiment de colère et de frustration pour une scène clé d’un film, il lui a littéralement pourri la vie pendant toute la journée, trouvant le moindre prétexte pour lui faire des reproches injustes voire méchants. Le jour où il a voulu obtenir un moment de franche rigolade convaincante, il a soudain… montré ses fesses en plein tournage, hors champs mais juste devant les yeux de l’acteur! 🙂

By Amaranthe26 (Own work) [CC-BY-SA-3.0], via Wikimedia Commons
By Amaranthe26 (Own work) [CC-BY-SA-3.0], via Wikimedia Commons
Sur notre dernier tournage nous avons commencé à travailler en filmant des scènes entières à chaque plan (du moins la plupart du temps), où que soit placé la caméra, au lieu de ne filmer que le plan prévu. Nous y étions incité par le fait qu’on n’avait pas eu le temps d’écrire un découpage technique: on sécurisait ainsi un peu plus les raccords pour le montage. A l’usage, il apparaît que cette méthode de travail est également bénéfique pour les acteurs: au lieu de devoir se mettre en situation pour trois mots, ils peuvent s’étendre sur un peu plus de temps. Il est très possible qu’on généralise cette méthode lors de nos prochains tournage, même avec découpage technique!

Nous envisageons aussi, pour nos futurs projets (surtout ceux où on a le temps!), de réunir les acteurs auparavant sur une ou deux séance de répétition. Nous y jouerons les scènes les plus importantes, hors décors mais avec quand même une caméra. Ça permettra aux acteurs d’apprendre à se connaitre les uns et les autres, de s’entraîner et de mieux connaitre leur personnage.

En fait, nous pensons carrément faire rentrer ces séances dans le processus de scénarisation lui-même: pour chaque scène, nous ne donnerons pas un texte précis aux acteurs mais seulement un contexte et des informations qui doivent absolument être exprimées, et nous verrons comment d’eux-même ils organisent naturellement les dialogues. Ça nous permettra de trouver les configurations qui marchent le mieux et de fixer les dialogues en conséquences.

Ce sont là des discussions que nous avons eu en marge des permanences Cinémacam de la semaine dernière et d’aujourd’hui (qui s’est étendue jusqu’à 19h, soit 4h en tout!) et du travail sur nos deux prochains projets: le court-métrage « L’homme du bureau » et le mini-court pour le concours Nikon que nous intitulons provisoirement « Je suis un silence« . Pour ce derniers, qui doit durer 2’20 maximum, donc très court, voici le pitch sur lequel nous sommes tombé d’accord:

Un enfant veut dire quelque chose de très important qu’il a sur le cœur, on ne saura pas quoi mais on devine un drame intimiste et traumatique. Il s’adresse successivement à plusieurs adultes qui le repoussent, ne l’écoutent pas ou le négligent… Au bout d’un moment un adulte se rend enfin compte que quelque chose ne va pas, il va vers l’enfant pour lui demander, mais cette fois c’est lui qui refuse de parler.

Nous avons commencé l’écriture du scénario, qui est très simple et reposera donc beaucoup sur des émotions et impressions communiqués par les acteurs. D’où l’importance que nous voulons donner au travail d’acteur sur ce projet.

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Jennifer Moo – 366 – 350: You can’t shut me up – https://www.flickr.com/photos/cutiemoo/3111207407/
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