Pour la quatrième séance de Cinémacam, nous nous sommes lancé dans un petit exercice de style cinématographique.

J’ai proposé un début de scénario pour une scène de film. L’idée est de réaliser la scène dans deux styles différents, peut-être trois si on trouve le temps. L’objectif est de voir comment, à l’aide des techniques et des trucs du cinéma, raconter raconter une histoire différente en partant d’un scénario quasiment identique.

Voici le début de scénario proposé:

Deux jeunes rentrent ensemble du collège. Ils marchent dans la rue en discutant de choses et d’autres. Soudain, ils rencontrent quelqu’un sur leur chemin. Cette rencontre va beaucoup marquer l’un des deux amis.

Le premier style sera celui d’un film noir, du genre policier, suspens voire même horreur. Il faut susciter de la tension, du stress, du suspens.

Le second style sera une comédie. Par exemple, on pourra réaliser une parodie de la vidéo précédente, en exagérant les choses et forçant un peu « trop » le trait.

Le troisième style, si on en trouve le temps, sera celui d’une drame intimiste et sentimental. Il faudra susciter des émotions tel que joie ou tristesse.

Les outils que nous offre le cinéma pour réaliser ce genre d’exercice sont multiples: choix du lieu de tournage (repérage),  mouvements de caméra, mise au point (profondeur de champs), choix de l’ambiance lumineuse, texture des sons, choix et fréquence des musiques… Et bien sûr, très important bien qu’un peu à part, le jeu d’acteur. Liste non exhaustive!

J’ai demandé à l’atelier de réfléchir dors et déjà à quelques premiers choix en fonction du style de film souhaité, avant même que de travailler sur le scénario – pour montrer que ces techniques sont des outils pouvant servir sur n’importe quel scénario pour lui donner un style particulier.

Comme il faisait beau (mais froid, brrr :-)), nous avons sorti la caméra pour tester certaines de ces techniques et voir leurs effets sur le tout nouvel écran de l’atelier (premier matériel qui nous appartient :-)).

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Nous avons donc travaillé sur le style « film noir ». Voici les choix que nous avons effectués:

– Pour le lieu il faudra privilégier des coins sombres.

– Pour l’heure de la journée, nous privilégierons le soir, quand la lumière commence à baisser. Ce qui nous laissera une fenêtre étroite de tournage avant la nuit, car nous n’avons pas de quoi tourner dans l’obscurité totale (éclairage artificiel d’extérieur…) et nécessitera donc une préparation minutieuse!

– Nous essayerons d’utiliser la lumière des réverbères, s’ils sont allumés suffisamment tôt lors du tournage – lumière cru, venant d’au-dessus et pouvant générer une atmosphère angoissante.

– Nous utiliserons de long plans dans les moments où l’on veut du suspens, et des plans courts si on insère de l’action.

– Des plans larges utilisés au début permettrons de donner une ambiance. Des plans plus rapprochés, voire gros plans, seront utilisé lorsqu’il faudra montrer les émotions des personnages (en l’occurrence ici: peur, angoisse, inquiétude…).

– Nous avons constaté qu’à valeur de plan identique, une focale courte (peu de zoom, donc avec la caméra proche de l’acteur) écrase le personnage dans un environnement un peu déformé, donnant une impression saisissante, là où une focale longue (zoom important, caméra éloignée de l’acteur) donne beaucoup plus d’importance au personnage et rend son environnement anecdotique. La focale courte sera donc plus adaptée à un film de suspens, alors que la focale longue sera préférée pour un drame intimiste où seul le personnage importe vraiment.

Longue focale: zoom maximum, caméra éloignée de l'acteur.
Longue focale: zoom maximum, caméra éloignée de l’acteur. Valeur de plan: plan taille.

Courte focale
Courte focale: zoom minimum, caméra proche de l’acteur. La valeur de plan reste la même: plan taille.

A voir: cette vidéo qui explique bien la longueur focale.

– Nous avons également testé le « travelling compensé« , parfois nommé « travelling contrarié« . L’effet est assez bluffant et donne un sentiment de désorientation du personnage:

C’est une manipulation délicate à réaliser, qui consiste pour le cadreur à effectuer un travelling arrière tout en opérant un zoom avant (ou inversement) mais en conservant toujours la même valeur de plan pour le personnage (c’est à dire que le personnage ne change pas de taille à l’image).

Travelling compensé: une manipulation délicate!
Travelling compensé: une manipulation délicate!

– De légères plongées ou contre-plongées pourrons être utilisées pour peu qu’on veuille rendre plus imposant ou menaçant un personnage (contre-plongée) ou au contraire plus fragile et inquiet (plongée). C’est typiquement le genre de plan qu’on pourra exagérer pour le style comique, car s’il est vraiment très marqué il rend les personnages un peu ridicules.

Contre-plongée
Contre-plongée

Plongée
Plongée

– On pourra utiliser des plans subjectifs (la caméra est située à la place des yeux d’un personnage, elle voit ce qu’il voit) peut-être en relation avec les plongées / contre-plongées (par exemple si un personnage est grand et l’autre petit, lorsqu’ils se regardent).

– Le choix de la mise au point a été très discutée. D’un côté, certains trouvaient qu’un environnement flou derrière le personnage (faible profondeur de champs) peut rendre une atmosphère inquiétante, par exemple si on y voit des ombres difficiles à identifier. D’un autre côté le « flou artistique » est plus souvent associé au cinéma (et en photographie) à la douceur et aux sentiments. A voir donc, en fonction de du décors et de la scène.

– On souhaite utiliser une caméra stabilisée sur trépied au début, notamment sur les plans large, mais on essaiera de passer à une caméra portée (donc tremblante, plus « stressée ») dans des moments avec plus de suspens. Par exemple, une caméra portée est bien adaptée à un plan subjectif.

– On souhaite donner une grande importance aux sons d’ambiance, et même peut-être en ajouter (chien qui aboie au loin, bruits nocturnes, bruits bizarres peu identifiables…)

– Le choix de la musique a également été discutée. Plutôt grave, rythmée. Sauf peut-être quelques dissonance aiguës lors d’éventuelles scènes d’action (penser à la scène du rideau dans Psychose!). Nous avons évoqué la grande force de la musique pour susciter des sentiments au cinéma, ce qui rend à contrario l’exercice plus difficile si on décide de se passer de musique, ou de n’en mettre que très peu.

A ce sujet, voir cette vidéo, très instructive et amusante!

Enfin, nous avons discuté ensemble pour déterminer la fin de la scène. Voici le pitch (résumé d’un scénario en quelques phrases) qui en est ressorti:

C’est l’hivers, le soir tombe. Deux jeunes rentrent du collège. Ils discutent de choses et d’autre. Sur leur route, au loin, un homme est adossé à un mur. L’un des garçons rentre chez lui en partant par une autre route, l’autre continue tout droit. Il regarde l’homme adossé au mur, grand et inquiétant. En s’approchant, il voit une affiche sur un mur, alertant qu’un homme dangereux a été repéré rodant dans le coin. Au même moment, l’homme tourne la tête et le regarde. Le garçon a peur, mais il ne peut plus reculer. Il avance lentement. Arrivé à la hauteur de l’homme, ce dernier lui demande « Hé petit, tu sais où es la rue XX? » Le garçon montre une direction et l’homme reprend « Merci, petit! » puis s’en va.

Comme la dernière fois, dans la semaine j’écrirais un scénario correspondant à ce pitch, puis un découpage technique de la scène, en respectant les choix que nous avons effectués en commun. La semaine prochaine nous procéderons au tournage de la scène.

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